Le style monochrome, représentatif de la pensée et de l’art cisterciens

Les conceptions esthétiques de Bernard de Clairvaux, emblématiques de l’idéal cistercien, furent décisives dans la définition de l’identité artistique de l’ordre. Il fut l’auteur de règles concernant l’ornementation des manuscrits et fit de Clairvaux un foyer de rayonnement artistique.

Ainsi, le style monochrome, né à Clairvaux, apparut dans les années 1140 ; il se caractérise par l’usage exclusif de lettres peintes d’une seule couleur en camaïeu, ornées seulement de motifs géométriques ou végétaux.
Ce style décoratif fut ensuite adopté par l’ensemble de l’ordre cistercien et normalisé par le Chapitre général lors de la « seconde » codification cistercienne, approuvée par le pape Eugène III en 1152. L’article LXXX de ces Statuts est ainsi formulé : « Litterae unius coloris fiant et non depictae » ; la traduction la plus plausible de cet article est la suivante : « les lettres seront d’une seule couleur et ne seront pas historiées. » L’usage de l’or était également proscrit.

Le style monochrome, ainsi établi, régna dans les manuscrits cisterciens pendant deux générations.

Au-delà de ces règles ornementales, Bernard de Clairvaux transmit à l’ordre de Cîteaux des conceptions artistiques et architecturales qui marquent encore aujourd’hui le paysage. Georges Duby – le grand historien du Moyen Âge – en comprit toute l’importance :
« Ce que saint Bernard avait bâti était une épure, le modèle de la cathédrale, le modèle de l’atelier, d’un territoire domestiqué. »