Un fonds universel, unique par sa cohérence et son ampleur

Le développement de la bibliothèque de l’abbaye connut plusieurs phases tout au long du Moyen Age :

  1. Jusqu’au milieu du XIIIe siècle, le scriptorium fournit la majeure partie des manuscrits ; la bibliothèque s’enrichit à un rythme très élevé conformément aux ambitions des abbés. Elle bénéficia également de l’attractivité de l’abbaye à travers de nombreuses donations.
  2. Jusqu’au milieu du XIVe siècle, alors que les bibliothèques d’abbaye entraient en sommeil, Clairvaux continua d’enrichir sa collection grâce à ses liens avec l’université de Paris, notamment par l’activité d’enseignement du collège Saint-Bernard, remarquable outil de formation des cisterciens. Ce dernier permit d’accroître notablement la bibliothèque par de nombreux opuscules universitaires. Les fonds furent complétés par de nouvelles donations.
  3. Au XVe siècle, les abbés profondément marqués par les débuts de l’Humanisme, redonnèrent à la bibliothèque une place centrale dans la vie de l’abbaye. Pierre de Virey consacra son abbatiat à revisiter la bibliothèque et à lui donner un nouvel essor.

Un fonds encyclopédique et universel

La bibliothèque abritait un fonds très vaste recouvrant tous les champs du savoir médiéval. Malgré une prédilection pour la Bible, et la théologie, les autres disciplines étaient largement présentes. Il s’y trouve de nombreux textes d’histoire, de philosophie, de droit civil et canon, de littérature, mais également des ouvrages de sciences, de mathématique et de médecine.

Un fonds cohérent et unique

La cohérence remarquable de la bibliothèque de Clairvaux s’explique par la durée très courte qui suffit aux moines pour produire un grand nombre de ses manuscrits. En effet, le fonds de manuscrits de cette bibliothèque ne fut pas formé d’ouvrages de provenances hétérogènes, comme c’est le plus souvent le cas au Moyen Âge. Sur l’ensemble des manuscrits mentionnés dans le catalogue de Pierre de Virey, seule une dizaine remonte à une époque antérieure à la fondation de l’abbaye. C’est l’activité du scriptorium de Clairvaux qui fournit les manuscrits jusqu’au milieu du XIIIe siècle. Elle se poursuit de manière plus limitée jusqu’à la fin du XVe siècle, sous l’abbatiat de Pierre de Virey ; ainsi, Jean de Voivre copie en 1474 le De eruditione liberorum d’Eneas Silvius Piccolomini ou encore le De consolatione Theologie de Jean Gerson en 1476.

Un fonds d’une ampleur exceptionnelle

Le fonds de manuscrits de Clairvaux constitue aussi l’une des bibliothèques médiévales monastiques les plus volumineuses de l’Occident chrétien. Au sein de l’ordre cistercien, la bibliothèque de Clairvaux dépassait largement celle de l’abbaye mère, Cîteaux, à la fin du Moyen Age.
Divers indices, notamment le nombre de manuscrits subsistants, laissent penser que le seuil des 1000 volumes était franchi au milieu du XIVe siècle. Seules à cette époque quelques bibliothèques exceptionnelles, comme celle du collège de Sorbonne à Paris ou celle des papes à Avignon, dépassaient ce chiffre. La bibliothèque de Clairvaux occupait ainsi une place toute particulière en cette fin du XVe siècle.