L’inventaire de 1472, un catalogue modèle

C’est une chance de posséder pour la bibliothèque de l’abbaye de Clairvaux un inventaire complet à la veille de l’entrée des imprimés dans les collections.
Ce document, achevé en mai 1472, est à la fois un titre de propriété, un instrument pour la gestion de la bibliothèque et un catalogue méthodique, où les livres sont répartis en fonction de toutes les branches du savoir.

Ce manuscrit de 140 feuillets couvert d’une écriture menue et abrégée décrit chaque manuscrit dans sa matérialité comme le serait un objet du trésor ; ce signalement devait permettre de l’identifier s’il était volé.

L’élément essentiel de la description est le relevé des premiers mots du second feuillet et des derniers mots de l’avant-dernier. Ce procédé inauguré à la bibliothèque de Sorbonne au XIIIe siècle était devenu courant au XVe siècle, pour le grand bonheur des historiens. En effet, les cotes anciennes ayant souvent disparu, ces relevés sont le principal indice pour identifier les ouvrages décrits. Le rédacteur de l’inventaire signale également le format du volume, son aspect, voire l’écriture.

Ce catalogue est aussi un outil de gestion pour la bibliothèque puisque tous les manuscrits y sont enregistrés sous leur cote (une lettre de A à Z, puis un chiffre de 1 à 90). Des cotes d’attente étaient même réservées en prévision des futures acquisitions.
Construction intellectuelle réfléchie, l’ensemble des manuscrits sont répartis dans toutes les branches du savoir : de la Bible et ses commentaires jusqu’aux livres liturgiques en passant par l’énumération des disciplines universitaires. Le catalogue est hiérarchisé : chacune des sections comporte des subdivisions ; il comporte également un système de renvois et constitue en cela une véritable aide au lecteur.

Il apporte à la fois des informations sur la répartition des livres (entre les deux armoires et la bibliothèque) dans le monastère et sur leur provenance.

Cet instrument extrêmement précieux représente également un témoignage inégalé de l’effort d’inventaire qu’entreprirent les cisterciens dans leur ensemble. Clairvaux participe d’un mouvement ; ainsi en 1480, un inventaire des livres de l’abbaye de Cîteaux est réalisé ; la bibliothèque de l’abbaye comprenait alors 1200 manuscrits (volumes liturgiques inclus).