Critiques septembre 2012, Médiathèque des Chartreux : RACINES AMERICAINES

Jim Harrison, Edward S. Curtis, James Welch, ...


 

Dalva / Jim Harrison

Certes, Dalva est long, très long même. Mais il n’est pour autant pas dénué d’intérêt. Outre le personnage de Dalva, d’une force et d’une complexité fascinante, ce roman nous apprend énormément de choses sur les Indiens et leurs coutumes, leur agriculture, leurs rapports aux animaux, etc. Le récit qui nous y est fait est celui d’une Amérique atypique, sur plusieurs générations. L’humour n’en est pas absent mais est suffisamment subtil pour ne pas dénaturer le ton grave du texte. En résumé, Dalva est donc un roman d’une richesse exemplaire, qui pourra décourager autant que passionner.

Annie et Colette

 

L’Autre rive du monde / Géraldine Brooks

Récit remarquablement écrit, d’une facture très classique, un tantinet romantique, et d’une singulière noblesse, L’Autre rive du monde n’est pas, comme on pourrait s’y attendre, un banal roman fleuve un peu longuet. Inspiré d’une histoire vraie, le roman nous raconte l’histoire de Caleb, célèbre pour avoir été le premier Indien diplômé d’Harvard. Loin d’être une banale biographie romancée, le roman se pose plutôt en versant ténébreux du rêve américain, entre illusions brisées, discriminations et conflits. L’œuvre est donc au final passionnante, et nous entraîne vers des sujets que l’on ne soupçonnait pas.

Christian

 

Le Jour du patchwork / Whitney Otto

Autour du cercle de patchwork de la bourgade de Grace, Californie, s’entremêlent à la fois la touche personnelle et les tissus de chaque participante au fil de longs mois de travail commun, mais aussi les multiples destins singuliers, contrariés et parfois lourds de secrets de ces femmes américaines. Chaque chapitre relate la vie d’un des membres du cercle, parfois lié aux autres, parfois non, et est introduit par une séquence explicative sur l’art du patchwork comme métaphore du récit que l’on va lire. La vie conjugale et familiale en forme le plus souvent la trame. Certes, le livre est un peu long, par nature décousu (c’est un comble !) puisque chaque pièce est apportée l’une après l’autre, mais on l’appréciera pour sa construction originale et sa sensibilité.

Cyril

 

Le Voyage à Blue Gap / Patrice Robin

Le récit prend la forme d’une autobiographie bien qu’il s’agisse bel et bien d’une fiction. Cette impression peut provenir de l’auto-satisfaction palpable du narrateur de se retrouver beau-père d’un Indien Navajo, auto-satisfaction totalement dénuée de sens et de justification, rapidement irritante, mais heureusement d’assez courte durée compte-tenu de la rapidité de la lecture.
Le thème de la mémoire semble constituer le cœur de l’ouvrage, à travers les traditions navajos et la maladie d’Alzheimer de la mère du narrateur. Mais les questions ne sont qu’effleurées. Le roman n’est donc au final qu’un curieux carnet de voyages un brin ennuyeux.

Cyril

 

Construire un feu / Jack London

Connu pour ses romans comme Croc Blanc, L’Appel de la forêt ou Le Loup des mers, et surtout pour ses évocations uniques des hommes du Grand Nord et de la nature sauvage, superbe et hostile, Jack London ne faillit ici aucunement à sa réputation. Les sept nouvelles qui constituent ce recueil nous parlent de trappeurs, de courage, de chiens, d’amour et de mort… Toutes sont très bien écrites et dévoilent le profond humanisme et la sensibilité écologique de l’auteur. Lecture hautement recommandable donc, et pas seulement aux enfants !

Colette et Christian

 

Ma captivité chez les Sioux / Fanny Kelly

Témoignage présenté comme de première main, récit de la captivité éprouvante d’une femme retenue prisonnière chez les Sioux. Le ton correspond tout à fait à l’époque, ce qui donne un charme suranné à l’ouvrage, même si d’un point de vue littéraire il n’y a pas de quoi se régaler ! On découvre un monde rude et violent, et on est invité à adopter le point de vue d’une pionnière, assez déplaisant à l’encontre des Amérindiens présentés comme l’ennemi, avec toutefois quelques traces d’empathie. Subsiste un doute sur l’authenticité du récit : comment a-t-elle appris la langue sioux en quelques mois de captivité ?

Cyril

 

L’Amérique indienne / Edward S. Curtis

Livre de photographies d’Indiens prises au début du siècle par Edward S. Curtis. Ce photographe, presque sociologue, souhaitait sauvegarder par la photo ce qu’il pouvait de la culture amérindienne qu’il voyait disparaitre peu à peu. Il a ainsi prit un nombre incalculable de clichés dont certains sont présentées ici, avec des textes cosignés de la fille de Curtis.

Annie et Antoine

 

La Conquête de l’Ouest en chansons / Guy Dubois

Approche un peu plus légère de la Conquête de l’Ouest, ce livre nous invite à découvrir la vie des pionniers américains à travers leurs chants. Ces derniers sont cités et traduits, et accompagnés de textes très bien documentés et de photos de mauvaise qualité mais qui ont le mérite de mettre des images sur les mots. A feuilleter plus qu’à lire véritablement, ce livre se révèle vite très original et intéressant.

Annie et Antoine

 


Enterre mon cœur à Wounded Knee / Dee Brown

Œuvre majeure de l’historien et romancier Dee Brown, ce livre est considéré comme étant le premier à avoir dévoilé au peuple américain les horreurs commises contre les Amérindiens. En effet, il se base en grande partie sur des documents jamais dévoilés avant : archives militaires et gouvernementales, procès-verbaux des traités, etc. Les faits étaient connus, les détails nettement moins. Alors certes, le texte est fort, l’histoire est terrible, et les scènes de massacres sont atroces, mais Dee Brown a le bon goût de ne pas trop s’apitoyer pour mieux retracer, de la manière la plus neutre possible, l’histoire du peuple amérindien.

Annie et Antoine

 


Sur les traces du génocide amérindien / Las Casas, Montaigne, Chef See-ahth

Recueil de trois textes courts qui dénoncent, chacun à leur façon, le génocide amérindien. Le premier est signé Bartolomé de Las Casas (1484 – 1566), prêtre qui s’est opposé toute sa vie à l’esclavagisme et l’exploitation des peuples amérindiens ; le second est de Montaigne (1533 – 1592) et dénonce la cruauté des conquérants face aux Amérindiens ; le troisième, enfin, est signé Chef See-ahth (1786 – 1866), chef de la tribu amérindienne des Salish du dus, et est en réalité un discours certes poétique mais non dénué de colère et de rancœur envers ceux qui ont exterminé son peuple. Les trois textes sont donc d’auteurs radicalement différents mais apportent tous un éclairage très enrichissant sur l’une des plus sombres périodes de l’histoire américaine.

Annie et Antoine

 


Ouest américain / Sophie Gergaud

Ouvrir un guide de la collection « C’est le rêve » chez le Chêne, c’est la promesse à la fois d’être agréablement dépaysé mais aussi d’apprendre beaucoup de choses. Le présent guide ne déroge pas à la règle, et s’impose comme le parfait documentaire pour s’imprégner de l’Ouest américain contemporain : superbes photos, textes bien écrits, richement documentés et donc très intéressants, citations de romans, poèmes, etc. Alors bien sûr, un tel livre n’est pas à lire d’une traite, mais à feuilleter par petits bouts, comme on pourrait regarder des extraits d’un film documentaire sur la vie dans le Grand Ouest.

Christian, Annie et Antoine

 


Canoe Bay / Patrick Prugne et Tiburce Oger

BD qu’on appréciera avant tout pour ses dessins superbes, y compris dans le carnet de croquis qui clôt le livre. L’aventure en elle-même, aux multiples ramifications, avec des personnages bien campés, se suit sans déplaisir, quoique sans jubilation non plus ! Elle nous conduit de l’Angleterre au Canada, en passant par la Louisiane ou les Antilles (on est un peu à la limite du vraisemblable !). Elle semble en tout cas directement influencée par les Mystérieuses Cités d’Or (3 enfants, une filiation mystérieuse dont la clef se trouve dans un pendentif, un aventurier qui les accompagne, la recherche d’un trésor).

Cyril, Eric et Antoine

 


Frenchman / Patrick Prugne

Sympathique bande dessinée aux illustrations particulièrement soignées, Frenchman nous entraîne à la suite d’Alban, jeune Normand enrôlé pour pacifier la Louisiane en 1803. Après avoir tué un homme pour sauver une esclave, le jeune homme va être amené à fuir et à survivre sur des terres hostiles dont il ne connait rien. Si l’aventure est bien rythmée, et que l’histoire se suit plutôt bien, on ne tient assurément pas là une bande dessinée inoubliable. Reste que ceux qui veulent être dépaysés ne seront pas déçus…

Cyril, Eric et Antoine

 


DECOUVERTE !!!
Ma grand-mère cannibale / France Bequette

Descendante d’une des familles ayant engagé un voyage vers la mort à travers désert et Montagnes Rocheuses, l’auteure centre le récit sur son arrière-grand-mère. Voilà qui justifie ce livre français sur un épisode de la Conquête de l’Ouest, célèbre aux Etats-Unis sous le nom de « Donner Party ». Si célèbre qu’il a généré une littérature abondante et de multiples déclinaisons, jusque dans le langage courant.
Ma grand-mère cannibale, ouvrage informatif et bien documenté, se présente néanmoins comme une lecture assez fastidieuse et sans relief MAIS le parti pris de relater le naufrage dans les Rocheuses et le basculement progressif vers le cannibalisme de façon très factuelle (presque désincarnée), sans aucune emphase, rend ce passage extrêmement fort. On est alors accablé et amené à visualiser l’inimaginable.

Cyril et Nathalie

 


DECOUVERTE !!!
Kuessipan / Naomi Fontaine

Née dans une réserve indienne de l’Ouest Américain, la jeune Naomi Fontaine, 23 ans, nous livre avec Kuessipan un recueil léger et extrêmement agréable de pensées et de petits morceaux de sa vie passée. Loin de se montrer accusatrice ou même dénonciatrice des horreurs que son peuple a traversées, l’auteure fait preuve d’une maturité, d’un espoir et d’une tendresse envers les siens absolument remarquable. Kuessipan est donc assurément un livre à découvrir, et à partager !

Annie et François

 


MENTION SPECIALE !!!
Comme des ombres sur la terre / James Welch

Ce roman descriptif nous raconte la conquête de l’Ouest vue par un jeune Indien dont on suit la vie depuis la post-adolescence jusqu’à l’âge adulte. Le texte bénéficie d’une narration exclusive du personnage principal : c’est donc son seul point de vue qui nous sert de fil conducteur. Il faut bien sûr relativiser ce récit d’autant plus que la minutie de la réflexion de cet homme nous plonge jusqu’à ses rêves les plus intimes ainsi qu’à leur interprétation. Cela permet une approche plus réaliste du shamanisme. D’autre part, le « décor » étant la conquête de l’Ouest, nous en connaissons la fin et assistons donc à la lutte illusoire de ce jeune Indien qui garde espoir envers et contre tout. Comme des ombres sur la Terre est donc un roman riche et difficile, mais aussi et avant tout grandiose, tout simplement.

Eric et Annie

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